Parce que… c’est l’épisode 0x747!

Shameless plug

Description

Une experte à la croisée des neurosciences et de la cybersécurité

Dans cet épisode spécial Propolys, l’hôte reçoit Mélissa Canseliet, experte en neurosciences et en cyberpsychologie, qui développe une start-up en cybersécurité appelée Mindlock. Avec un parcours atypique allant de la recherche en neurosciences à Oxford jusqu’à plus de 14 ans dans l’industrie du jeu vidéo — notamment chez Ubisoft, Samsung et Missplay —, Mélissa incarne une vision résolument interdisciplinaire de la sécurité informatique.

Le constat : des formations en cybersécurité inefficaces

La conversation s’ouvre sur un problème que les deux interlocuteurs connaissent très bien : les formations traditionnelles de sensibilisation à la cybersécurité sont, au mieux, inefficaces, et au pire, contre-productives. L’hôte décrit avec humour sa propre expérience de ces interminables présentations PowerPoint que tout le monde s’empresse de traverser le plus vite possible, en répondant aux questions de validation sans vraiment retenir quoi que ce soit. Ce constat, qui dure selon lui depuis plus de vingt ans, illustre un problème structurel : ces formations ne tiennent absolument pas compte de la façon dont le cerveau humain apprend et s’engage.

Mélissa confirme ce diagnostic. Lors de ses nombreux entretiens menés dans le cadre du projet Mindlock, elle a constaté que la cybersécurité est systématiquement perçue par les non-spécialistes comme un domaine austère, peu prioritaire et difficile d’accès. Les formations existantes s’attardent souvent sur l’aspect technique des attaques, mais abordent très peu comment nous, en tant qu’humains, fonctionnons — et surtout, comment nous commettons des erreurs.

Le facteur humain : le grand oublié de la cyberdéfense

L’un des fils conducteurs de l’entretien est la place centrale du facteur humain dans les cyberattaques. En s’appuyant sur des rapports comme celui du Forum économique mondial, Mélissa rappelle que la vaste majorité des cyberattaques sont liées à des erreurs humaines. Pourtant, les défenseurs ont longtemps misé presque exclusivement sur des solutions techniques, laissant de côté les expertises issues des sciences cognitives et de la psychologie.

Les attaquants, eux, ont depuis longtemps compris cette réalité. L’ingénierie sociale — l’art de manipuler les individus plutôt que de pirater des systèmes — repose précisément sur une connaissance fine des mécanismes psychologiques universels : l’urgence, la peur, l’autorité, la confiance. Ces « boutons » émotionnels sont exploités méthodiquement par des cybercriminels qui ne sont pas nécessairement des génies de la technique, mais qui savent, selon la formule savoureuse de Mélissa, « bien se f**re de la gueule du monde ».

Arrogance, humilité et vulnérabilité cyber

Un passage particulièrement marquant de la discussion porte sur le lien entre les traits de personnalité et la vulnérabilité aux attaques. Contrairement à l’idée reçue selon laquelle « seuls les naïfs se font avoir », Mélissa explique que l’arrogance est une vulnérabilité cyber à part entière. Une personne qui se croit à l’abri ne développe pas de vigilance ; elle se laisse porter par sa surconfiance et ne perçoit pas les signaux d’alerte. À l’inverse, une personne plus humble, capable de reconnaître ses limites, sera naturellement plus attentive à une situation inhabituelle — une demande anormalement urgente, par exemple.

Les états émotionnels comme la colère, la peur ou le sentiment d’urgence sont également des portes d’entrée exploitées par les attaquants, comme en témoignent les célèbres fraudes au président. Comprendre ces mécanismes, c’est commencer à s’en protéger.

L’empathie comme bouclier

La notion d’empathie occupe une place importante dans la vision de Mélissa. Souvent perçue comme une faiblesse ou une qualité purement relationnelle, l’empathie est en réalité, dans une perspective neuroscientifique, un outil puissant. L’ingénierie sociale en est d’ailleurs une forme détournée : les cybercriminels font preuve d’une empathie redoutable pour anticiper les réactions de leurs cibles. La réponse consiste donc à développer une empathie envers soi-même — comprendre ses propres réactions, ses biais, ses angles morts — afin de reconquérir un espace de discernement et de choix éclairé dans un environnement numérique de plus en plus fluide et automatisé.

Mindlock : mettre l’expertise du jeu vidéo au service de la sécurité

C’est dans ce contexte que s’inscrit le projet Mindlock, un jeu de sensibilisation à la cybersécurité centré sur le facteur humain. L’idée est d’appliquer au domaine de la sécurité les standards d’expérience utilisateur que Mélissa a développés au fil de sa carrière dans l’industrie du jeu vidéo, notamment dans la phase dite d’onboarding — la première heure de jeu, étudiée à la minute près pour maximiser l’engagement.

Mindlock ambitionne de rompre avec le modèle de la formation unique et générique distribuée une fois par an. Le cerveau ne construit pas de nouvelles habitudes en « one shot » : il lui faut de la récurrence, de la motivation et de la personnalisation. En s’inspirant des mécaniques de jeu et des connaissances issues des neurosciences, Mindlock vise une expérience à la fois intuitive, engageante et adaptée à chaque utilisateur — une expérience qui donne envie de revenir, non par obligation, mais parce qu’elle permet d’apprendre quelque chose sur soi-même.

Un enjeu de société

En toile de fond, la discussion soulève un enjeu beaucoup plus large : dans un monde désormais entièrement numérisé — accéléré par la pandémie de COVID-19 —, la cybersécurité est devenue une question citoyenne. Protéger son organisation, c’est aussi apprendre à se protéger soi et à protéger ses proches. Et face à l’essor de l’intelligence artificielle, le risque n’est pas seulement de se faire pirater, mais d’assister à une atrophie progressive de l’intelligence humaine, faute de l’exercer.

Le cerveau, première cible des pièges du numérique, est aussi, selon Mélissa, la protection la plus sous-exploitée qui soit. C’est ce pari que tente de relever Mindlock.

Notes

Collaborateurs

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Tags: formation, gameification, sensibilisation


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